144                       Les Spectacles de la Foire.
M OREAU, dit le Petit Arlequin, né à Paris vers 1755, mort en 1817 à Marseille, acteur forain, débuta à l'âge de 15 ans (1770) chez Audinot, pour les rôles d'Arlequin. Fils d'un musicien de la Comédie-Italienne, il avait vu souvent jouer Car­lin et en avait retenu la manière et les gestes ; aussi eut-il un grand succès au boulevard; sa petite taille et sa gentillesse contri­buèrent aussi beaucoup à lui gagner les sympathies des specta­teurs. En 1780, il était engagé aux Variétés-Amusantes, et joua à ce théâtre les rôles d'Arlequin dans la Corbeille enchantée, ou le Pays des Chimères, pièce nouvelle ornée de machines, décora­tions, changements et ballets (4 septembre 1780), et dans le Ja-* loux d'Estramadoure, comédie de Boissel (24 octobre 1780). En 1782, il revenait au théâtre qui avait vu ses premiers succès, et jouait pour sa rentrée un rôle dans le Répertoire, prologue repré­senté chez Audinot le vendredi 12 avril 1782 (1).
(Journal de Paris, 4 septembre, 24 octobre 1780; 12 avril 1782. — Le Chroniqueur désœuvré, I, 68 ; II, S-- — Ga­lerie historique de lel troupe de Nicole!, par dc Manne ct Ménétrier, 161.)
M OREL (Jean-Baptiste), maître de spectacle sur le boule­vard du Temple en 1773, y montrait au public des ani­maux et diverses curiosités. Voy. Rousseau (Claude-Marc).
(i) Voici cn quels termes le Chroniqueur désauvre juge a cette epoque le talent dc Moreau. . A l'egard dc Moreau, quc peut-on dire dc cet embryon ? On ne doit pas plus étre étonné dc fés fuccés, que dc la parfaite indifférence avce laquelle le public fourit à fon cfpècc dc talent. Quand il parut fur les planches d'Audiuot, le peuple cria au prodige ; il palTa pour la merveille dc ce théatre. Mais il eut te fort de tous les phénomènes dc ce genre, il tomba dans l'oubli, et il n'eft plus re­gardé quc comme utile à remplir une légère place au théâtre où il parut jadis avec tant d'éclat. . (/.e Chroniqueur désœuvré, II, -6.) La fin de la vic dc cc codien fut misérable. Au commence­ment de cc siècle, il joua pendant quelques annees au théâtre des Jeunes-Artistes, ct Brazier, qui l'y connut, lui a consacre Ies lignes suivantes : « Il y avait encore un petit acteur du nom de Mreau, qui n'avait quc 4 pieds 1 pouces ; il avait joué à l'Ambigu en l~86-", il était déjà vieux. La misère.l'avait reduit cn 1809 - se -a>rc vo'r comme un nain sur les places publiques. Pauvre petit Moreau 1 cher petit arlequin ! ayez donc du talent ! arriveî donc à soixante ans, pour que l'on aille vous voir moyennant deux sous ! » (Brazier, Histoire des Petits Théâtres, 1, lay.)